Densification des blocs agro-écologiques dans le Sud de Madagascar

Nouveaux Paysans Relais formés pour les animations et sensibilisations au niveau des blocs agro-écologiques

Les conditions climatiques semi arides (aléas et déficits pluviométriques, érosion éolienne) qui entraînent une importante baisse de la qualité des sols cultivés ainsi qu’une très forte pression parasitaire permanente (insectes, oiseaux, maladies) ont toujours contrarié les actions de développement de la production agricole dans l’Androy. Cette région pauvre située tout au sud de Madagascar subit, de ce fait, une insécurité alimentaire et nutritionnelle récurrente.

Les indicateurs de développement humain sont parmi les plus faibles et les taux de pauvreté atteignent 94,4 % (EPM 2010-INSTAT). De surcroit, la région possède les revenus agricoles annuels moyens les plus bas par ménage, qui sont de l’ordre de 515 000 MGA/an, soit environ 176 euros. Les taux d’alphabétisation sont aussi les plus faibles de Madagascar et en défaveur des femmes (38 % pour les hommes et 32 % pour les femmes contre 78 % et 75 % respectivement dans l’ensemble du pays).

L’agriculture de la région repose principalement sur un système agro-pastoral, associant l’élevage bovin-ovin-caprin à une agriculture vivrière pluviale extensive répartie sur deux saisons des pluies aléatoires. Les cultures sont très diversifiées avec des tubercules, des céréales, des légumineuses, des cucurbitacées, etc. Le manioc et la patate douce sont les deux principales cultures vivrières en raison de leur grande capacité à supporter l’aridité.

Les sols de la région Androy sont majoritairement sableux, peu humifères, fragiles mais néanmoins très cultivés. Dans la zone littorale, le labour à la charrue est très répandu ce qui accroît les facteurs d’érosion des sols.

Signalons que les paysans n’utilisent pas d’engrais chimique car ils sont très chers dans cette zone enclavée, négligée par les commerçants d’intrants de synthèse (engrais et pesticides chimiques). Par ailleurs, l’utilisation des déjections animales dans les parcs est interdite par la société (tabou) et souvent, par manque de fourrages, les résidus de récolte sont amenés au village pour les animaux d’élevage. Ce contexte justifie le besoin de restaurer et maintenir la fertilité des sols à l’aide de plantes protectrices des cultures (haies brise vents contre l’érosion éolienne) et améliorantes pour les sols (couverture végétale)

Depuis 2014, le Centre Technique Agroécologique du Sud (CTAS) avec ses partenaires ont travaillé ensemble pour la restauration de la fertilité des sols à travers la mise en place de 22 blocs agroécologiques situés dans la zone littorale de l’Androy, autour de la capitale régionale Ambovombe. A part les 22 blocs, un bloc nouvellement créé en décembre 2018 a été mis en place sur une superficie de 100ha et se localise au bord de la route nationale reliant Fort Dauphin et Ambovombe, dans le fokontany de Soatsifa.

Un bloc agroécologique est « un aménagement physique et biologique collectif d’un seul tenant, d’une superficie initiale minimum de 10 hectares, à vocation nutritionnelle, productive et environnementale, présentant une forte diversité biologique étagée, allant des plantes rampantes jusqu’au grands arbres, et associant, pour créer un effet « oasis » protecteur contre les érosions éoliennes et pluviales, les parcelles contiguës de familles paysannes volontaires, issues d’un à plusieurs fokontany (villages ou hameaux) ».

Le concept de bloc agroécologique émane du constat qu’un certain nombre de pratiques ont un impact plus fort lorsqu’elles sont mises en œuvre à large échelle, notamment les techniques de protection des sols contre l’érosion (éolienne et pluviale) et de restauration de la qualité des sols. Les actions mises en œuvre permettent d’assurer une agriculture durable et des ressources alimentaires conséquentes et diversifiées dans les zones fragiles et de freiner ainsi l’exode rural en permettant aux populations de vivre et de travailler dans leur milieu restauré et protégé. Le maintien de la fertilité dans les parcelles de culture et la récupération des terres dégradées devenues infertiles (et non pas stériles) permet de sédentariser les ménages ruraux sur des espaces productifs et, par conséquent, de réduire la pression anthropique sur les zones protégées. L’ensemble des blocs agroécologiques couvre une superficie totale de 7 860 hectares (zone d’emprise).

La convention entre la GIZ et le CTAS, financée par la GIZ, cible en tout 2 500 bénéficiaires dans 03 communes de la zone littorale à l’Est d’Ambovombe (région Androy), qui font 2 600 ha de superficie avec 1 376 ha d’emblavement. Durant le projet, 12,5tonnes de semences seront distribuées aux bénéficiaires, sous forme de bons de semences. 600ha supplémentaires seront aménagées dans les blocs agro-écologiques, et 20 nouveaux paysans relais seront formés.