Quand voyager ouvre les yeux : du Sud de Madagascar au Burkina Faso

Il y a des voyages qui changent une perspective. En quittant les terres arides de l’Androy pour le Burkina Faso, notre équipe du CTAS (Centre Technique Agro‑écologique du Sud) ne partait pas simplement en visite : nous allions à la rencontre d’un miroir géographique et humain.

Pourquoi le Burkina Faso ? Parce que nos réalités se ressemblent : climat sahélien ou semi‑aride, défis identiques : dompter la sécheresse, régénérer les sols, nourrir les familles. Donc, le choix du Burkina Faso pour cette visite d’échange n’était pas un hasard! Mais là-bas, nous avons découvert que ce que nous considérons parfois comme de simples cultures de subsistance sont, en réalité, de véritables leviers de richesse.

Redécouvrir le potentiel du mil et du sorgho

Comparé à Madagascar, le Burkina Faso est largement en avance dans la production et la transformation du mil et du sorgho, offrant un exemple inspirant pour nos pratiques locales. Dans le Sud de Madagascar, le CTAS travaille depuis plus de 12 ans à la diffusion et la valorisation de ces céréales, atteignant aujourd’hui plus de 11 000 tonnes de mil et 5 800 tonnes de sorgho par an. Un chiffre impressionnant pour notre contexte, mais encore modeste face aux standards burkinabè. Au Burkina Faso, ces mêmes cultures sont au cœur de l’agriculture vivrière et de l’économie locale. Pour la saison culturale 2025‑2026, la récolte totale est estimée à 2,68 millions de tonnes, dont 34 % pour le sorgho et près de 16 % pour le mil (agenceecofin.com).

Cette comparaison est un véritable réveil pour nous : elle montre ce qui est possible lorsque production, transformation et innovation se conjuguent pour créer de la valeur et renforcer la résilience des communautés.

Dans le Sud de Madagascar, le CTAS dispose déjà de deux centres de transformation de mil et de sorgho situés à Ambovombe, où sont produites des farines de mil et de sorgho destinées à l’alimentation des communautés.

Ce pays aux hommes intègres nous a ouvert les yeux sur une diversité culinaire et économique insoupçonnée. Imaginez…

  • Des bouillies nutritives aux textures onctueuses, parfaites pour la santé des enfants.
  • Un jus énergisant surprenant, mariage audacieux entre le mil, la douceur du tamarin et le peps du gingembre.
  • Et même de la bière de sorgho, véritable institution locale qui valorise le surplus des récoltes.
Nous avons réalisé que la transformation n’est pas seulement une étape technique, c’est une manière de donner de la valeur et de la fierté à nos produits locaux

Le dialogue des experts

La mission a été marquée par des échanges de haut niveau avec des institutions nationales et privées burkinabè, notamment l’INERA ou Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du Burkina Faso, le Conseil National de l’Agriculture Biologique  ou CNABio, le Secrétariat Permanent de la Coordination des Politiques Sectorielles Agricoles ou SP-CPSA ainsi que la Direction des Ressources Halieutiques au sein du Ministère des Ressources Animales et Halieutiques.

Ces rencontres nous ont permis de prendre du recul sur nos propres pratiques. Comment gérons-nous nos semences ? Où en sommes-nous dans notre transition agroécologique, la culture biologique, la certification  ? Ce partage d’expérience nous permet aujourd’hui de “reculer pour mieux sauter“, en adaptant des modèles de gestion de semences qui ont déjà fait leurs preuves en Afrique de l’Ouest.

Des femmes aux commandes

Ce qui nous a particulièrement marqués au Burkina Faso est le rôle central des femmes dans les filières agricoles et de transformation. Dans les zones rurales, elles constituent une part essentielle de la main-d’œuvre agricole et participent à plus de 60 % des activités de production agricole du pays, notamment dans les cultures vivrières, la transformation des produits agricoles et les activités commerciales locales. 
Très présentes dans les filières du mil, du sorgho et d’autres produits locaux, elles jouent également un rôle clé dans la création de valeur ajoutée. Dans le secteur de la transformation agroalimentaire, les femmes représentent environ 70 % des acteurs, et près de 65 % des entreprises agroalimentaires enregistrées sont dirigées par des femmes, illustrant leur contribution majeure à l’économie rurale et à la sécurité alimentaire du pays. Par leur engagement dans l’entrepreneuriat et la transformation des produits locaux, ces femmes transforment les récoltes en sources de revenus, créent des emplois et renforcent la résilience économique de leurs communautés. 
Cette dynamique entrepreneuriale contraste avec la situation à Madagascar où, malgré leur rôle majeur dans l’agriculture, les femmes restent encore moins présentes dans les filières structurées de transformation. Sur la Grande Île, environ 73 % des femmes actives travaillent dans l’agriculture, souvent dans des systèmes de production familiale ou de subsistance, avec un accès limité aux terres, aux financements et aux technologies. Cette comparaison montre que si les femmes sont partout au cœur de la production agricole, le Burkina Faso a su davantage structurer leur participation dans les chaînes de valeur et l’entrepreneuriat agroalimentaire, offrant une source d’inspiration pour renforcer le rôle économique des femmes rurales à Madagascar.

Un nouvel horizon pour l’Androy

Nous rentrons de cette mission avec un enthousiasme renouvelé. L’expérience du Burkina Faso nous a encore confirmé une chose essentielle : la famine n’est pas une fatalité lorsque l’innovation agricole, la valorisation des cultures locales et l’engagement des communautés se conjuguent.

Le projet Ebana, financé par la Principauté de Monaco et porté par le CTAS, constitue une étape importante dans cette dynamique. Aujourd’hui, plus de 6 000 hectares de superficies sont déjà aménagés selon des techniques agroécologiques, auxquels viendront bientôt s’ajouter 996 hectares supplémentaires, renforçant ainsi l’extension de ces pratiques durables.
Ces Blocs agroécologiques, implantés dans les zones du sud de Madagascar, sont principalement consacrés à la culture de céréales résilientes telles que le mil et le sorgho, ainsi qu’au pois d’Angole ou Cajanus, une légumineuse autrefois taboue mais aujourd’hui reconnue pour sa valeur nutritionnelle et sa résistance aux conditions climatiques difficiles.

Le projet poursuit ainsi les actions engagées par les initiatives précédentes menées par le CTAS et mettra particulièrement l’accent sur la valorisation des produits agroécologiques et leur transformation, afin de renforcer la sécurité alimentaire, créer de nouvelles opportunités économiques locales et contribuer durablement à la résilience des communautés du Sud .Le projet contribuera également à renforcer le rôle des femmes dans la transformation des produits agroécologiques et dans leur commercialisation, afin de promouvoir leur autonomisation économique et la valorisation des productions locales.